Le quatrième mur

LE ROMAN

par Sorj Chalandon

(Natascha)

Aujourd’hui, l’article portera sur le roman de Sorj Chalandon ayant été récompensé par le prix Goncourt des lycéens en 2013 : Le Quatrième Mur.

Résumé de l’éditeur (Grasset)

     L’idée de Sam était folle. Georges l’a suivie.
     Réfugié grec, metteur en scène, juif en secret, Sam rêvait de monter l’Antigone d’Anouilh sur un champ de bataille au Liban.
     1976. Dans ce pays, des hommes en massacraient d’autres. Sam a décidé que le pays du cèdre serait son théâtre. Il a fait le voyage. Contacté les milices, les combattants, tous ceux qui s’affrontaient. Son idée ? Jouer Anouilh sur la ligne de front. Créon serait chrétien. Antigone serait palestinienne. Hémon serait Druze. Les Chiites seraient là aussi, et les Chaldéens, et les Arméniens. Il ne demandait à tous qu’une heure de répit, une seule. Ce ne serait pas la paix, juste un instant de grâce. Un accroc dans la guerre. Un éclat de poésie et de fusils baissés. Tous ont accepté. C’était impensable.
     Et puis Sam est tombé malade. Sur son lit d’agonie, il a fait jurer à Georges de prendre sa suite, d’aller à Beyrouth, de rassembler les acteurs un à un, de les arracher au front et de jouer cette unique représentation.
     Georges a juré à Sam, son ami, son frère.
     Il avait fait du théâtre de rue, il allait faire du théâtre de ruines. C’était bouleversant, exaltant, immense, mortel, la guerre. La guerre lui a sauté à la gorge.
     L’idée de Sam était folle. Et Georges l’a suivie.

_______________________________

     Pour l’avoir lu et vu, je peux vous affirmer que cette oeuvre est poignante et est encore malheureusement d’actualité. Pour vous amener à comprendre le sens l’histoire, je vais d’abord retracer le passé de l’auteur et expliquer ce qui l’a amené à écrire ce livre.

     Tout d’abord, Sorj Chalandon est un journaliste originaire de Tunisie. Travaillant au journal Libération puis actuellement au Canard Enchaîné, il fut reconnu pour ses reportages en Irlande du Nord lors de la guerre civile entre les catholiques et les protestants. Reporter de guerre, Chalandon a suivi de près les conflits au Liban – dont Georges, le personnage principal va se retrouver mêlé – mais aussi en Irak, en Afghanistan ou en Somalie. Voulant mettre ses émotions et s’identifiant à Georges, l’auteur décide d’écrire Le Quatrième Mur pour retrouver la paix et se libérer de la tension des conflits comme il le confie :  » le reportage de guerre, et la guerre elle-même, étaient en train de me dévorer « .

     Certains livres sont lus et retenus comme un simple divertissement, pour nous changer pendant quelques heures les idées. Mais d’autres vous bouleversent, vous changent même. Après avoir fini le livre, avalant les pages,les yeux grands ouverts, je me suis assise sur mon lit, les yeux humides, le coeur tambourinant et la tête pleine de réflexions. Voilà comment on se sent après avoir lu un livre comme ça, car bien plus qu’une histoire, Sorj Chalandon a réussi à décrire la guerre comme personne. Moi qui connait rapidement les conflits, lisant les gros titres des journaux comme monsieur tout le monde sans jamais approfondir, je me suis retrouvée confrontée à la réalité si loin de chez nous. Les passages de bombardements, les traumatismes mais aussi les personnages incroyables et beaux du roman font un mélange de tons, « le sublime et le grotesque » comme dirait Victor Hugo. En un mot, ce livre permet de s’approcher de la guerre et de ses conséquences tant matérielles que humaines.

« Il disait que notre colère était un slogan, notre blessure un hématome et notre sang versé tenait dans un mouchoir de poche. Il redoutait les certitudes, pas les convictions. »

« Lutter, c’était rester debout. Pas à genoux, pas couché, jamais. […] Enfant, adulte, j’ai résisté. Je suis passé des doigts tachés d’encre aux phalanges écorchées. »

« C’était ça votre problème ? Les boules de glace ? Les genoux écorchés ? Les cheveux emmêlés après le bain ? C’était ça, vos vies ? Ce dimanche qui puait le lundi ? Ces familles en troupeaux ? Ces rires pour la photo ? Ce pauvre bonheur ? »

LA PIECE DE THEATRE

par Florian Albin

(Alice)

     Il nous a été donné l’opportunité avec notre lycée d’assister à une pièce de théâtre adaptée du livre de Sorj Chalandon, début décembre 2016. A notre grande surprise, la troupe de théâtre n’était composée que d’un seul acteur mais ô combien talentueux : Florian Albin. Le jeune homme jouait en effet le protagoniste principal, Georges, mais également sa femme, Aurore, Samuel, ou encore les personnages libanais comme Imane, Nakad, Marwan, Joseph… Sa prestation était d’une justesse tout bonnement incroyable et très impressionnante.

     Le changement de personnage était bien mené : à l’aide de changements de posture, de voix, ou grâce à des accessoires tels qu’un foulard, un rideau, une casquette, Florian Albin pouvait changer du tout au tout. Son interprétation était simple, sans chichis : il n’en faisait pas des tonnes et c’était très agréable.

     Personnellement, j’ai vraiment adoré cette adaptation, mais je pense que c’est parce que j’avais lu le roman pour un exposé un peu avant. J’avais dévoré le livre en une après-midi et j’ai versé de très nombreuses larmes. La pièce m’avait donc tenue en haleine, simplement parce que je connaissais le dénouement et que j’avais hâte de savoir comment il allait être joué. Et puis j’étais simplement absorbée par ce que je voyais. Cependant, j’ai interrogé de nombreuses personnes qui l’ont vu sans avoir d’abord été touchée par les mots de Sorj Chalandon… et il s’avère que leur réaction n’a pas été pour la plupart des plus positives. En effet, même s’ils ont trouvé l’histoire intéressante, beaucoup se sont purement ennuyés. Je ne peux pas m’empêcher de hurler à l’insensibilité, mais après tout, il en faut pour tous les goûts. Deux de mes camarades qui avaient également lu le livre ont simplement apprécié l’interprétation de Florian Albin. D’autres ont été un peu touchés. Je me demande alors si la différence de réaction réside en la non-lecture du livre de Chalandon. Les mots sont souvent bien plus forts que les images.

     Je tiens de plus à signaler une particularité qu’a amené l’acteur dans son spectacle et qui n’a pas du tout été pour me déplaire : il dansait. Il dansait pour figurer les bombardements, les peines et désespoirs des personnages. Sa danse se laissait ressentir dans chacun de ses mouvements, dans son travail sur ses appuis. C’était le petit (énorme) plus de la prestation. Comme quoi l’art du théâtre ne réside pas uniquement dans la parole, mais également dans les plus infimes gestes.

Certains de mes amis et moi avons pu discuter un peu avec l’acteur avant de retourner au lycée ; en plus d’être pourvu d’un talent indiscutable, il est humainement très agréable. Il nous a confié avoir lui-même eu l’idée de revisiter le roman de Chalandon et de l’avoir adapté. Il a également adapté deux autres romans de l’auteur : Profession du père et Le petit Bonzi.

Visiter le site de Florian Albin ici

3 commentaires

  1. Merci ! 🙂 Je connais le manque de temps, et l’envie de faire quelque chose de plus personnel, qui nous ressemble un peu plus. J’ai souvent des périodes durant lesquelles je suis plus ou moins active. « Le Garçon » de Marcus Malte est une vraie pépite, mais il ne faut pas avoir peur de se lancer dans l’aventure 🙂

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    1. Oui « le garçon » c’est une nouvelle version de l’enfant sauvage ! 😮 Que ce soit en livres ou en films la didactique du petit bonhomme qui découvre la civilisation ne peut que faire vibrer. Tout être de nature ne part de rien et a à se construire… pour l’Homme au sein d’une civilisation de semblables auxquels il aura à s’identifier… D’où bien souvent l’attachement porté aux racines d’origine à qui autrui peut devoir tout ce qu’il a pu devenir !! Le propos de l’auteur sur la mort permet sans doute de faire analogie avec les repères culturels auxquels chacun aspire sous peine de se sentir inexistant face à son environnement : c’est très bien vu. Je comprends tout-à-fait que tu aies adoré ce livre 😀

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  2. Une superbe chronique et un très bel avis sur la pièce, c’est génial de pouvoir regarder, admirer les acteurs, ici l’acteur, juste après avoir lu le livre. Franchement ça doit être super, je n’ai eu l’occasion de le faire qu’avec des classiques, ce n’est pas la même ambiance … En tout cas tu me donnes bien envie de découvrir ce livre 😉

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