Romain Gary : La Promesse de l’Aube

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Romain GARY, 1960
La Promesse de l’aube

La Promesse de l’aube est l’allégorie de la promesse que Roman Kacew, connu sous le pseudonyme de Romain Gary, fit un jour à sa mère. Il sera Victor Hugo, Emile Zola, il sera Ambassadeur de France. Toute au long de cette autobiographie, il essaiera de rendre sa mère fier de lui, coûte que coûte. A travers les récits de son enfance, de son adolescence et de ses années de guerre dans la Royal Air Force, nous sommes plongés dans un univers sous l’égide de l’espoir maternel.

452 pages


Indéniablement un des plus beaux romans jamais lus

     Romain Gary, je le connaissais grâce à La Vie devant soi, que j’avais trouvé magnifique. Un film sortant en décembre, j’ai décidé de me lancer dans un de ses plus importants romans : La Promesse de l’aube. Et dès les premières pages, la beauté du style et la simplicité bouleversante des émotions véhiculées m’ont renversée.

     « Avec l’amour maternel, la vie à l’aube vous fait une promesse qu’elle ne tient jamais. Chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. » Ainsi l’écrivain dépeint la raison d’être de son oeuvre : montrer à quel point l’amour maternel peut être dévorant et écrasant, mais aussi magique et porteur. Roman Kacew a promis très tôt à sa mère de faire de grandes choses. Doué en rien, ni en musique, ni en danse, ni en peinture, c’est à l’écriture qu’il finira par se vouer. Sa mère attend de lui qu’il réinvente un Guerre et Paix, qu’il soit Tolstoï, qu’il soit Hugo. Si cette trame peut surprendre, la manière dont les émotions sont envoyées avec force la rend légitime et presque naturelle. On se reconnaît, ou pas, dans les faits, les dires de maman Kacew, et surtout, on se reconnaît dans les faits, les dires, de son fils. On ne s’empêche pas de s’inventer à sa place, petit garçon jouant dans la cour de la résidence ou mangeant ses chaussures pour plaire à la petite Valentine.

     Dès que j’ai ouvert le livre, le côté frais et naturel du style de l’auteur m’a frappé en plein coeur. C’est précisément ce qui fait qu’on a du mal à lâcher le livre, même s’il est parfois un peu long et presque prévisible. Il est pratiquement impossible de douter de la véracité du texte tant on sent qu’il est écrit avec le plus profond de l’âme (même si Romain Gary himself avouait qu’il y a dans son roman une inspiration autobiographique sans vraiment qu’il en devienne une autobiographie). Le personnage de Roman, d’abord enfant ballotté par les souhaits et envies de sa mère, puis adolescent rêvant de gloire pas très assidu dans ses études, et enfin soldat accompli tentant tous les actes de courage, est très touchant de par sa naïveté et ses comportements un peu étranges parfois. On s’attache pleinement à lui, on aimerait l’empêcher de souffrir ; malgré tout, le personnage reste désespérément solitaire et n’arrive pas à se faire à cela, lui promettant bien des tourments. Aussi, on aimerait qu’il honore la promesse faite à sa mère. On sait évidemment qu’il va finir par être prix Goncourt parce que l’on connaît tout simplement le destin de Romain Gary. J’avoue que cette pensée m’a guidée tout au long du livre parce que j’étais consciente qu’il allait réaliser sa promesse. Mais c’est vrai qu’il nous arrive d’avoir peur pour lui. On ne veut pas décevoir sa maman car sa maman nous effraie, un petit bout de femme énergique et qui n’abandonne jamais.

     Et justement, c’est cette persévérance qui pousse le personnage principal tout au long du livre, notamment dans la dernière partie. En effet, en tant que soldat, il pense souvent à sa mère, se poussant à commettre tous les actes de courage qu’il pouvait, allant jusqu’à rejoindre la résistance, en ayant dans la tête de se pavaner un jour avec sa génitrice sur la promenade des Anglais, en tenue d’officier, galonné jusqu’au cou… Il ne veut que rendre sa mère fière, et ça, c’est magnifique. Le livre tourne essentiellement autour de cette notion, et ne peut que nous remuer les entrailles.

     [SPOILER] La fin, on s’y attend facilement. En tout cas, je m’en suis doutée dès le milieu du livre : la mère de Romain Gary décède avant qu’il ait pu lui montrer sa gloire. Mais cela ne fait qu’en rajouter au mystique du livre, à toutes les fois où Roman se dit « C’est ma mère qui a fait ça pour moi » ; en bref, c’est à la lumière de cette révélation que le livre prend son sens, et que l’amour maternel paraît plus intense que jamais… [FIN DU SPOILER]

     Ce livre est un magnifique bijou que tout le monde devrait lire. Il a des reliefs tellement profonds que l’on ne peut s’empêcher de fondre. Il retentit profondément en notre être, et nous apprend qu' »il faut aimer » (Le vie devant soi).

Note finale : 20/20 
Le personnage, la beauté, le style

 


 

 

Roman Kacew (1914 – 1980), autrement appelé Romain Gary ou Emile Ajar, est un romancier d’origine polonaise. Ses plus grands romans, Les Racines du ciel et La Vie devant soi, furent prix Goncourt en 1956 et 1975.

4 commentaires

  1. Ah comme je te comprends ! J’ai adoré ce roman, que j’ai relu et que je relirai encore sans doute. Il y a tellement de tendresse pour cette mère envahissante et hystérique, tellement d’humour aussi que ce roman ne peut que nous toucher.

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  2. La promesse de l’Aube est vraiment au panthéon de mes œuvres préférés. Une lecture bouleversante, le film est tout aussi génial d’ailleurs. Et puis Romain Gary quoi… Cette tranche de sa vie ne peut laisser personne intact.

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