La liberté de l’éléphant

« Salut, les enfants. Un mois de cellule pour vous servir. Un mètre dix sur un mètre cinquante, pas moyen de s’allonger – mais justement, j’ai trouvé quelque chose d’épatant. Je vous en fais cadeau tout de suite, parce que j’en vois parmi vous qui font d’assez sales gueules, je ne leur demande pas pourquoi. Il y avait des moment où je me sentais comme ça, moi aussi, j’avais alors envie de foncer tête baissée contre les murs, pour essayer de sortir à l’air libre. Vous parlez de claustrophobie !…sEh bien, j’ai fini par avoir une idée. Quand vous n’en pouvez plus, faites comme moi : pensez à des troupeaux d’éléphants en liberté en train de courir à travers l’Afrique, des centaines et des centaines de bêtes magnifiques auxquelles rien ne résiste, pas un mur, pas un barbelé, qui foncent à travers les grands espaces ouverts et qui cassent tout sur leur passage, qui renversent tout, tant qu’ils sont vivants, rien ne peut les arrêter – la liberté, quoi ! Et même quand ils ne sont plus vivants, peut-être qu’ils continuent à courir ailleurs, qui sait, tout aussi librement. Donc, quand vous commencez à souffrir de claustrophobie, des barbelés, du béton armé, du matérialisme intégral, imaginez ça, des troupeaux d’éléphants, en pleine liberté, suivez-les du regard, accrochez-vous à eux, dans leur course, vous verrez, ça ira tout de suite mieux… »

 

Romain Gary. Les Racines du ciel

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