Maylis de Kerangal : Réparer les vivants

C’est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de geste, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le coeur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour.

Folio || 299 pages, littérature contemporaine.
Il a été adapté en film. Bande annonce ici


Un livre absolument magnifique.

Un titre magnifique. Une quatrième de couverture qui en dit peu, mais juste assez pour donner envie de se lancer. Une image sur la couverture énigmatique. Des premières phrases qui donnent envie d’en savoir plus. En un mot : un livre magnétique. Il a un peu traîné dans ma PAL, certes, mais jamais par manque d’intérêt ! J’ai surtout un peu temporisé devant le sujet du livre qui me paraissait extrêmement dur. Mais je n’ai pas été déçue : ce roman est sublime ! Cependant, il faut savoir prendre son temps pour le lire…

La rue est silencieuse, elle-aussi, silencieuse et monochrome comme le reste du monde.

Le résumé le dit très bien : ce roman est tout simplement celui d’une transplantation cardiaque. On suit le chemin de ce précieux organe de l’accident du donneur à la pathologie du receveur, en passant par les multitudes d’étapes intermédiaires. Il s’étend sur vingt-quatre heures, mais l’auteure joue sur notre perception du temps, l’étire à l’infini avant de nous pousser dans l’urgence de la transplantation. Les existences des personnages s’entremêlent et on distingue parfaitement les engrenages de ce protocole très strict.

N’y allons pas par quatre chemins : si j’ai adoré ce livre, ce n’est pas pour son intrigue. Non, on n’est pas sur un roman à rebondissements, ni à suspense, il ne se passe pas grand-chose même. On ne tourne pas les pages dans l’angoisse de ce qu’il va se produire la seconde suivante, puisqu’ici tout est déjà acté. On est loin de tout ça. Mais ce roman a une ambiance particulière. Une magie, une langueur, qui le rend incroyable.

Comment pourraient-ils l’envisager, cette mort de Simon, quand sa carnation est rose encore, et souple, quand sa nuque baigne dans le frais cresson bleu et qu’il se tient allongé les pieds dans les glaïeuls ?

La raison principale est l’écriture incroyable de l’auteure, que vous connaissez peut-être déjà. Maylis de Kerangal a un style remarquable, à la fois naturel et travaillé. Un style caractérisé par des virgules en série, une utilisation outrancière du discours indirect libre et des phrases à rallonge. Je veux bien comprendre que l’on aime pas, mais personnellement, j’ai été happée. Il permettait parfaitement de retranscrire les émotions, le flot de pensées des personnages. Cela fait très longtemps que je n’ai pas lu un livre aussi bien écrit.

Cette manière de faire rend les personnages très réalistes. De la peine des parents du donneur à l’espoir de la receveuse, il illustre parfaitement le spectre tellement complexe des sentiments humains. Tout était tellement fluide. Il a été pour moi très simple de m’identifier, de me glisser dans la peau du personnage, et cette belle histoire m’a serré le cœur du début à la fin. Maylis de Kerangal a su me rendre triste, vraiment triste. Cela arrive rarement, et je lui en suis infiniment reconnaissante.

Cependant, il est vrai que ce roman est long. Il regorge de lenteurs, de passages qui paraissent interminables, et cela alterné avec des moments haletants qui nous laissent dans l’urgence. Cela a un peu altéré ma lecture car cela me faisait souvent décrocher du roman. Je ne suis pas grande amatrice des romans si lents. Celui-ci m’a plu, car heureusement il n’était pas très long, donc cela n’a pas été trop gênant non plus.

[…] il a scotché la photocopie d’une page de Platonov, une pièce qu’il n’a jamais vue, jamais lue, mais ce fragment de dialogue entre Voïnitizev et Triletzki, récolté dans un journal qui traînait au Lavomatic, l’avait fait tressaillir comme tressaille le gamin découvrant la fortune, un Dracaufeu dans un paquet de cartes Pokémon, un ticket d’or dans une tablette de chocolat. Que faire Nicolas ? Enterrer les morts et réparer les vivants.

Une autre chose. Ces passages lents étaient énormément de description de personnages. On se serait presque crus dans un roman de Balzac ! Le moindre intermédiaire entre le donneur et le receveur était décrit sous toutes ses coutures. Bon, à la longue, j’ai trouvé cela pénible mais c’était tellement bien écrit et bien fait… Découvrir les singularités des personnages permet de s’y attacher un peu, car au final on les voit assez peu dans le roman.

J’ai aussi aimé le vocabulaire très riche (pour la première fois depuis très longtemps, j’ai eu recours à un dictionnaire) et les termes médicaux très pointus, même pas expliqués, au détour d’une page qui en ajoutent au réalisme du tout. Mention spéciale aussi au fait que ça se passait en province ! Pour une fois qu’un roman français ne se passe pas à Paris…

Pour faire court, ce roman était absolument merveilleux à cause d’une écriture magique qui a su m’emporter très loin. J’ai aimé découvrir les dessous médicaux d’un protocole pas si évident au final.


Maylis de Kerangal est une écrivaine française caractérisée par son style atypique. Son roman Réparer les vivants lui a valu de nombreux prix.

1 commentaire

  1. Bel article, il est dans ma pile à lire, j’ai hâte de lire ce roman même s’il a l’air dur. De plus, ça se déroule dans ma ville au Havre, c’est pour ça que j’avais envie de le lire! @meslivresdepoche

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