Béatrice Hammer : Cannibale Blues

Et voilà, il fallait bien que cela arrive… Je me lance aujourd’hui dans la grande aventure des service presse ! Je suis heureuse d’aider auteurs et maisons d’édition dans leur quête de notoriété. Vous êtes prêts ? …


BEATRICE HAMMER
Cannibale Blues
275 pages
Contemporaine
Les Editions d’Avallon

Il s’appelle Ramou. Il est français. Il a 24 ans. Plein d’enthousiasme et de naïveté, il débarque un beau matin dans un petit pays d’Afrique où il doit enseigner pendant deux ans l’économie générale à l’Institut Polytechnique.
Il s’appelle Joseph. Il va devenir son boy. Sur la colline, on murmure qu’il travaille pour la Sûreté. Ce qui est sûr, c’est qu’il pourrait se passer de travailler. Fils de ministre assassiné, docteur en sciences politiques, c’est pour le plaisir qu’il fait le domestique. Car Joseph a un secret…
Un secret que Fortunata, son amante de toujours, voluptueusement installée sur une banquette du Tam-Tam Noir, un verre de « Cannibale Blues » à la main, a décidé de découvrir. Joseph l’ignore, mais nul ne résiste à la volonté de celle que l’on appelle à juste titre « la Vénus Africaine ».
Un portrait féroce du petit monde des expatriés, qui se lit comme un page turner.

EN TROIS MOTS : Déroutant, intéressant, drôle


Comme je le disais, j’ai eu envie de me lancer dans les SP. Celui-ci aborde des thèmes qui m’intéressent vivement : le monde des expatriés, et la vie en Afrique en général. De plus, la démarche de la maison d’édition m’a beaucoup plu dès le début (voir en fin d’article). Après quelques galères à base de panne de liseuse, j’ai réussi à finir ce livre qui me fait hausser un sourcil.

Avec tout ce tiers-mondisme, tout cet antiracisme ambiant, on ne veut pas connaître la vérité scientifique. La vérité, c’est que les Noirs sont bêtes, et qu’ils ont donc besoin de notre intelligence.

Un récit sur des charbons ardents
Le résumé que vous avez sûrement lu ci-dessus en dit beaucoup : Béatrice Hammer relate ici les aventures d’un professeur expatrié, Ramou, et de son « boy », c’est-à-dire son domestique, Joseph. J’avais quelques appréhensions car le terrain était glissant, propices à des interventions racistes de la part de l’autrice. Mais que nenni ! Celle-ci sait ce qu’elle fait. Béatrice Hammer a elle-même passé neuf mois au Rwanda et brosse donc là le juste portrait des expatriés, avec le sentiment de supériorité qui semble aller de pair. Pas de glissade, pas de propos douteux mais tous azimuts des critiques acides d’une sorte de paternalisme blanc.

Qui mène la danse ?
En effet, c’est là ce qui porte le récit : les rapports de pouvoir sont sans cesse inversés, et les codes sont brisés. Entre Occidentaux et Africains, d’abord : le néocolonialisme omniprésent est contré par le fait qu’en réalité, Joseph domine Ramou tout du long. Mais aussi les rapports homme/femme puisque lui-même est largement dominé par son amante Fortunata. Ce parti pris m’a un peu étonnée et j’ai, dans un premier temps, eu du mal à comprendre la logique du livre. Il requiert en effet une analyse fine de la situation pour percer à jour les véritables intentions des personnages – qui ne sont pas plus détaillées que cela – et comprendre en profondeur le récit.

Il m’assure que l’amitié qui nous unit unira aussi nos enfants, et les enfants de nos enfants, jusqu’à ce que la rivière s’assèche et que les lions s’inclinent devant les autruches, puis s’enquiert du nom de cette raison d’État.

Un humour décapant
Ce petit manège entre les différents personnages est porté par une plume qui sert à merveille son récit. L’autrice est la reine des remarques acerbes et du ton familier qui fait sourire. Le narrateur principal est Joseph et il se moque ouvertement de son « petit maître », qui n’en reste pas moins touchant de par sa naïveté et sa pudeur. D’ailleurs, chacune des personnes blanches est amplement tournée en dérision. Cela permet de prendre du recul sur nos idées ridicules de « sauver l’Afrique », « l’Afrique a besoin de nous » (j’écris en tant que Blanche). J’ai beaucoup ri en lisant, ce qui est assez rare chez moi. En somme, malgré un étonnement perpétuel, j’ai passé un agréable moment !

Un roman choral qui apporte beaucoup
Autre fort point positif de ce roman : en plus du narrateur principal Joseph, on a accès au journal intime de Ramou ainsi qu’à quelques lettres de divers protagonistes. Cela complète l’intrigue, et met parfois en exergue cette inversion de rapports dont je parlais plus haut. Le style d’écriture de l’autrice est agréable : comme le dit le résumé, il se lit « comme un page turner ». Tout coule de source, tout est fluide. Chaque chapitre -court- appelle le suivant, et les événements s’enchaînent. Je n’ai pas eu assez de temps pour le dévorer mais c’est sûrement ce que j’aurais fait dans un autre contexte.

Pour l’heure, mon protégé est en train de passer la douane ; il a attendu longtemps, il transpire sous ses lunettes cerclées de fer, ses vêtements de mi-saison sont bien trop chauds, l’aéroport n’est pas climatisé, il a l’air piteux et attendrissant, fatigué par son voyage mais exalté par la certitude qu’il a de vivre un instant mémorable, ce tournant dans sa vie, sa rencontre avec l’Afrique, ses mystères, sa misère, mystères qu’il va élucider, misère qu’il va soulager.

Un roman qui décrit sans détour et sans artifices le sentiment de supériorité qu’ont les expatriés Occidentaux. Béatrice Hammer a su me faire voyager à l’autre bout de la terre en riant. Sa plume reconnaissable entre mille est une vraie valeur ajoutée à ce récit surprenant qui ne m’a pas laissée indemne.


Les éditions d’Avallon est une maison d’édition à but non lucratif gérée par des bénévoles passionnés de littérature ; les bénéfices perçus sont directement reversés aux auteurs. Le site ici.

Béatrice Hammer est romancière, scénariste et réalisatrice. Elle a publié une quinzaine d’ouvrages, qui lui ont valu régulièrement le prix des lecteurs notamment le prix Goya, le prix Tatoulu et le prix Livre mon ami.

Cannibale blues, son plus grand succès, a été la sélection Attention Talent des libraires de la FNAC. Une baignoire de sang, son premier polar vient de sortir aux éditions Alter Real. (Source : Les éditions d’Avallon)

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