Arthur Golden : Geisha


ARTHUR GOLDEN
Geisha
De l’anglais Memoirs of a Geisha, traduit par Annie Hamel
602 pages
Historique
Editions Le livre de poche

À neuf ans, dans le Japon d’avant la Seconde Guerre mondiale, Sayuri est vendue par son père, un modeste pêcheur, à une maison de plaisir de Kyoto.
Dotée d’extraordinaires yeux bleus, la petite fille comprend vite qu’il faut mettre à profit la chance qui est la sienne. Elle se plie avec docilité à l’initiation difficile qui fera d’elle une vraie geisha. Art de la toilette et de la coiffure, rituel du thé, science du chant, de la danse et de l’amour : Sayuri va peu à peu se hisser au rang des geishas les plus convoitées de la ville. Les riches, les puissants se disputeront ses faveurs.
Elle triomphera des pièges que lui tend la haine d’une rivale. Elle rencontrera finalement l’amour…

Écrit sous la forme de mémoires, ce récit a la véracité d’un exceptionnel document et le souffle d’un grand roman. Il nous entraîne au cœur d’un univers exotique où se mêlent érotisme et perversité, cruauté et raffinement, séduction et mystère.

EN TROIS MOTS : Culturellement très riche, superbe, malsain


Un soir, avec ma famille, nous avons regardé Mulan. Et cela a donné une idée à ma mère (qui a toujours beaucoup d’idées, vous le savez, si vous me suivez depuis un moment) : me faire lire un livre découvert dans sa jeunesse qu’elle a beaucoup aimé. La voilà qui m’achète -contre mon gré- ce beau livre qu’est Geisha. Je vous ai confié récemment ma grande découverte littéraire : La Joueuse de go de Shan Sa. J’avais notamment adoré découvrir un pan de la culture asiatique. Eh bien rebelote avec ce roman-là : retour au Japon (à Kyoto) dans les années 30. Avec un récit digne d’un historien.

Je me demandais ce que [mon père] aurait pensé, s’il avait pu me voir, dans ce kimono d’un luxe inouï, un baron en face de moi, l’une des plus grandes geishas du Japon à ma droite. Je ne méritais pas un tel écrin. Je me vis vêtue de soie magnifique. La peur me prit. Et si j’allais disparaître, annihilée par tant de beauté ? Il y a quelque chose de douloureux, de pathétique dans la beauté.

Un roman, presque une biographie
Ce roman est écrit sous la forme de mémoires -d’où le titre original. Chiyo -qui deviendra Sayuri lorsqu’elle sera geisha- , fille de pêcheur, est vendue par son père à une okiya (une maison de geishas) afin de payer les traitements d’une mère malade. Dès le début, Chiyo contracte à ses dépens une dette qu’elle devra rembourser. Mais le chemin est semé d’embûches ! Arthur Golden livre un écrit d’une précision rare. A la manière d’un ethnologue, il relate sans détours toutes les étapes de la vie d’une geisha. Quel boulot pour un homme américain qui n’a aucunement trempé dans les traditions japonaises ! Il s’est basé sur ses discussions avec Mineko Iwasaki, célèbre geisha. Ce roman est par conséquent extrêmement bien documenté. C’est remarquable !

Une oeuvre double
En contant la vie des geishas, Arthur Golden souligne la dualité qui la caractérise. D’un côté, on rêve des beaux kimonos, des réceptions somptueuses, et même du regard des hommes aux côtés de Sayuri. C’est une vie de paillettes où, tout simplement, il faut tenir compagnie à des hommes pour gagner de l’argent. Mais d’autre part, le lecteur est confronté à l’envers du décor : les bâtons que Hatsumomo, rivale de Sayuri, lui met dans les roues, les hommes parfois trop insistants, la virginité d’une jeune fille qui se vend à ses quatorze ans, et même des visions et discours presque pédocriminels. Parfois, le livre dérange et devient malsain ; la réalité, dure, brute, difficile à accepté, est présenté au lecteur. On ne peut qu’être bouleversés par la difficile vie des geishas.

– Nobu-san semble croire que j’ai la possibilité de choisir mon danna. La seule chose que je puisse choisir c’est mon kimono. Et encore…

Culturellement un joyau
Cette difficile vie, combien d’entre nous la connaissent vraiment ? Qui ne s’est pas arrêté à la simple équation geisha = prostituée, sans jamais chercher ce qu’il y a derrière ? Arthur Golden m’a sans hésiter aidée à me départir de mes préjugés. J’ai découvert tout l’aspect traditionnel des geishas, la codification qui les entoure. Notons que « geisha » signifie « artiste ». Bien loin d’être seulement le fait d’égayer des hommes contre rémunération, les geishas ont une réelle formation de chant, danse, instruments de musique, poésie, théâtre… Et il est d’ailleurs mal vu qu’une geisha ait des relations sexuelles avec ses clients dès le départ. Ce ne sont donc pas des prostituées au sens où nous l’entendons aujourd’hui. J’ai beaucoup apprécié me déconstruire à propos de cela. Je le conseille à tous !

Au Japon, nous appelions ça « la vie d’oignon » : enlever une couche à la fois, et pleurer de devoir le faire.

En plus de cela, bien écrit
Comme si nous apprendre énormément de choses ne suffisait pas, Arthur Golden rend les choses très agréables en offrant un roman de très grande qualité. C’est bien écrit, et les personnages sont tellement bien décrits qu‘ils paraissent vivants. Je ne me serais pas étonnée de les voir sortir d’entre les pages, ou qu’on m’annonce qu’en fait, ils ont existé. Je n’ai qu’à regretter les trop nombreuses ellipses – le roman se déroule sur un laps de temps d’une trentaine d’années, qui font que j’ai parfois un peu décroché de l’histoire. Il y a aussi quelques longueurs mais qui, je pense, sont nécessaires au récit. Malgré ces petits défauts, ce livre est, en dehors de l’aspect historique, juste un très bon roman. Je félicite chaudement l’auteur pour avoir réussi à décrire en quelques 600 pages la vie d’un individu avec autant de précision.

N’hésitez plus à lire ce livre – il est tout bonnement incroyable. Que vous soyez avide d’en savoir plus sur tout ce pan de la culture japonaise ou que vous ayez juste envie de lire un bon roman, Geisha d’Arthur Golden est fait pour vous, si vous n’avez pas peur de quelques longueurs et de quelques passages difficiles à lire.


Arthur Golden est un écrivain américain diplômé dans l’histoire de l’art japonais. Son roman Geisha a été vendu à plus de 4 millions d’exemplaires à travers le monde et a été adapté en film en 2006.

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