Elif Shafak : Trois filles d’Eve


ELIF SHAFAK
Trois filles d’Eve
Titre VO : Three daugthers of Eve
Contemporaine
480 pages
Traduit par Dominique Goy-Blanquet
Flammarion
2018


Mariée à un riche promoteur, Peri assiste à un grand dîner dans une somptueuse villa du Bosphore. Au cours du repas, chacun commente les événements dramatiques que traverse la Turquie pendant qu’elle repense à sa jeunesse, à l’affrontement entre son père laïc et sa mère très pieuse, puis étudiante à Oxford entre ses deux amies : Shirin, Iranienne émancipée, et Mona, musulmane pratiquante et féministe. Elle se remémore aussi sa rencontre avec Azur, le flamboyant professeur de philosophie qui les a réunies. Cette soirée pas comme les autres fera ressortir les contradictions de la femme d’aujourd’hui et les impasses dans lesquelles se débat une société coincée entre tradition et modernité.

En trois mots : réflexion, émotion, philosophie


J’ai reçu ce roman dans la box Kube « une personne qui compte » édition or (maintenant épuisé) offerte par mes parents. Cette box est censée contenir des livres assez merveilleux pour que ce soit remarqué. Trois filles d’Eve est le premier des six que j’entame. Sûrement à cause de la couverture, mais aussi parce que j’ai déjà entendu parler de l’autrice – qui a écrit, entre autres, Soufi, mon amour que j’aimerais beaucoup lire. Je ne suis absolument pas déçue de cette lecture, qui tient toutes ses promesses, voire plus.

Un roman culturellement riche
Le pitch : Peri grandit à Istanbul entre une mère pieuse et un père qui dénigre la religion à tout bout de champ. Lorsqu’elle s’en va étudier à Oxford, l’histoire semble se répéter et elle se fait deux amies, l’une se qualifiant de « pécheresse » et l’autre vivant sa foi. Ensemble, elles assistent au séminaire du fameux professeur Azur sobrement intitulé « Dieu ». Peri y trouvera l’occasion d’éclaircir son rapport ambivalent avec la religion, et le lecteur découvrira beaucoup de réflexions sur l’essence même de Dieu. Culturellement parlant, ce livre est vraiment au top. J’ai découvert Istanbul du point de vue d’une stambouliote ; j’ai été témoin de cette ville en perpétuelle évolution, dans ses beaux aspects comme dans sa décrépitude. N’étant pas croyante, lire sur la religion m’a également ouvert de nombreuses portes.

Leur amour arctique fondrait à la chaleur des coutumes patriarcales.

La scission entre tradition et modernité
Le centre du roman est l’ensemble des différences qui règne entre la religion, toujours plus forte, toujours plus importante, et le monde moderne. Tous les points de vue sont rencontrés au long du roman : Selma, la mère de Peri, s’adonne corps et âme dans la prière et respecte à la lettre les traditions ; Shirin, son amie d’Oxford et Mensur, son père, ont un regard extrêmement critique là-dessus. Mona, quant à elle, arrive à concilier sa foi à toute épreuve et son féminisme et se trouve à la croisée des chemins. Et Peri, le personnage principal, ne sais pas où est sa place. Sa quête est très enrichissante et j’imagine que beaucoup se reconnaîtront dans son récit. A travers ses lignes, Elif Shafak se montre violente critique de l’intégrisme religieux et dépeint une jeunesse comme réticente à honorer toutes les traditions. Toutes les remarques et réflexions sont enrichissantes et permettent de réfléchir.

Je suis perpétuellement dans les limbes. Peut-être que je veux trop de choses à la fois mais aucune avec la passion nécessaire.

Des personnages intéressants
Chaque personnage a donc sa fonction dans ce roman. Chacun a une personnalité propre et bien définie. J’ai beaucoup aimé cet aspect. Je me suis beaucoup attachée aux personnages, en particulier à Peri. On retrouve dans Trois filles d’Eve la figure habituelle du professeur-guide dans le personnage d’Azur. Il m’a fait penser à Mr Keating dans Dead Poets Society, à cause de ses méthodes peu orthodoxes. Je sentais des sentiments ambivalents face à ce personnage qui m’inspirait à la fois affection et crainte. Le mystère qui plane sur sa tête dès le début du récit n’y est pas pour rien ! Il est rare que je m’interroge autant sur un personnage dans un roman. Elif Shafak a su y faire.

Protège-moi, aime-moi, soutiens-moi, il s’agit toujours de moi… Et ils appellent cela de la piété ; moi j’appelle cela de l’égoïsme déguisé.

Une lecture agréable
Pour ne rien gâcher au plaisir, ce roman se lit facilement. L’alternance entre passé et présent est agréable et bien maîtrisée. Elif Shafak est une redoutable poétesse ! Seuls certains passages un peu philosophique m’ont ennuyée. J’ai lu l’histoire de Peri avec énormément d’attention, redoutant presque de tourner la page. C’est extrêmement bien écrit et adapté à l’intrigue. De ce livre émane une ambiance un peu particulière, douce et parfumée.

Trois filles d’Eve est une lecture mémorable. J’ai appris beaucoup, mais j’ai également passé un moment vraiment très agréable car le style de l’autrice et les thèmes abordés par le livre étaient très intéressants. Je conseille ce livre à ceux qui s’interrogent, sur leur foi mais aussi sur mille autre sujets ; et à ceux qui ne s’interrogent pas mais qui veulent lire un beau livre.


Elif Şafak, ou Elif Shafak, née le 25 octobre 1971 à Strasbourg de parents turcs, est une écrivaine turque.
Primée et best-seller en Turquie, Elif Şafak écrit ses romans aussi bien en turc qu’en anglais. 

Source : Wikipédia

son site

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