Clémentine Beauvais : Songe à la douceur

Songe à la douceur (2016)
un roman de Clémentine Beauvais
Aux éditions Points
245 pages – littérature contemporaine

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ? Songe à la douceur , c’est l’histoire de ces deux histoires d’un amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans à ce moment-là d’une vie peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaikovsky – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

Songe à la douceur en trois mots : Subjuguant, doux, émouvant


J’écris ces quelques lignes encore subjuguée par ce que je viens de lire. Ma lecture de Belle du Seigneur en février a déclenché une énorme panne de lecture : après ce pavé éblouissant, impossible de se plonger sérieusement dans quoi que ce soit. Je crois que Clémentine Beauvais, avec son petit roman léger et délicat, a réussi à me tirer de ce mauvais pas. Je chéris ma lecture de Songe à la douceur ; il est de ces romans qu’on n’aimerait jamais finir. « Mon enfant, ma soeur / Songe à la douceur / D’aller là-bas vivre ensemble ! » (Baudelaire, L’invitation au voyage)

C’est étonnant ces amours
qui donnent des contours à nos attentes molles,
des couleurs intenses à nos décors,
qui nous font brusquement vivre en haute résolution,
et nous convainquent que le reste du monde
est tristement aveugle.

Une belle histoire d’amour
Le synopsis en dit déjà beaucoup ; mais ceux qui connaissent Eugène Onéguine connaîtront l’histoire dans son ensemble. Clémentine Beauvais livre dans Songe à la douceur une transposition moderne du roman de Pouchkine publié entre 1821 et 1831. Elle dépeint un amour qui traverse le temps, entre deux personnages plutôt stéréotypés – l’ambiance n’est clairement pas à la profondeur. En effet, plutôt que de s’appesantir à construire des personnages compliqués, l’autrice a préféré développé la complexité de leur histoire d’amour, composée de plusieurs couches. L’histoire alterne entre la rencontre de Tatiana et Eugène, au cours de leur adolescence, et leurs retrouvailles dix ans après, à l’âge adulte. Leurs sentiments mêlés se répondent.

Un mode d’écriture original
Dit comme ça, ça ne vous fait sûrement pas rêver. Ca a même l’air presque banal. Des histoires d’amour, on en a lu des tas… Mais pas de cet acabit, non, ou tout du moins, pas dans un registre contemporain. Car ce qui fait la spécificité de Songe à la douceurC’est qu’il est écrit en vers libres. Cela donne à l’histoire un rythme inédit, qui reste abordable pour tous. Il rend le roman plus unique. La mise en page est très originale et apporte du relief à un roman qui pourrait paraître plat. Âmes poètes, n’hésitez pas, vous serez comblés et surpris par ce que le roman a à vous offrir.

« Fais gaffe au burn-out! »
et toi à tes burnes
« Tu fais quoi ce week-end? »
l’amour connard

Une réconciliation avec l’amour
Je vous parlais de ma lecture de Belle du Seigneur, qui a été difficile pour moi tant sur la forme que sur le fond. En effet, ce délicieux roman montre un aspect extrêmement pessimiste de l’amour, et pour le cœur d’artichaut que je suis, ce fut un réel coup dur ! Mais Songe à la douceur, avec la force et la beauté des sentiments exprimés, m’a réconciliée avec les histoires d’amour. Prudence : ne vous lancez pas dans ce roman si vous n’êtes pas d’humeur à la poésie car il risque de vous décevoir. Les personnages sont trop superficiels pour beaucoup de lecteurs, et l’histoire assez peu recherchée. C’est quitte ou double ! Mais l’essayer vaut le coup, au vu de sa courteur.

Je conseille ce délicieux roman aux amateurs de poésie, ou aux curieux qui ont envie de vers libres, mais aussi aux amoureux de l’amour qui veulent passer un bon et court moment.


« Je suis autrice jeunesse, traductrice littéraire et prof à l’université de York. Mes livres pour enfants et adolescents sont traduits en plus d’une douzaine de langues, et ont remporté certains des plus grands prix nationaux français, dont le Prix Sorcières, le Prix des Incorruptibles, le Prix NRP, le Prix Libr’à Nous et le prix du meilleur roman du magazine Lire; ainsi que de nombreux prix régionaux et internationaux, figurant pour certains sur la sélection White Ravens de la bibliothèque jeunesse internationale de Munich, et représentant la France pour la sélection internationale d’IBBY. Mes romans Les petites reines et Songe à la douceur se sont vendus à plus de 80 000 exemplaires et sont tous les deux adaptés pour la scène. »
Site de l’autrice

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