Chantel Acevedo : Lointaines merveilles

Lointaines Merveilles (The distant marvels)
Chantel Acevedo
Traduit de l’anglais par Carole Hanna
Editions Points

Roman historique
350 pages – 2015

Cuba, 1963. Le terrible ouragan Flora s’apprête à frapper l’île. Les habitants sont évacués en urgence. Dans l’ancienne demeure du gouverneur, sept femmes sont cloîtrées sous la surveillance d’une jeune soldate de Castro, Ofelia. Pour passer le temps, la vieille Maria Sirena, Shéhérazade des temps modernes, leur raconte des histoires.
Car Maria Sirena est une conteuse hors pair. Elle en avait d’ailleurs fait son gagne-pain à la grande époque des fabriques de cigares où elle était lettora, employée à égayer les journées des rouleurs de tabac par ses récits fantastiques. Dehors, la tempête fait rage. Maria Sirena débute son histoire : son enfance pendant la troisième guerre d’indépendance cubaine, son père, rebelle féroce, sa mère, passionnée et passionnante qui a aimé, rêvé et s’est battue comme personne.

À travers les récits de Maria Sirena se dessinent l’histoire de Cuba, île au passé troublé par les luttes pour l’indépendance, mais aussi une époustouflante saga familiale.

LOINTAINES MERVEILLES en trois mots : instructif, émouvant, histoire de femmes


J’ai reçu ce roman dans une box Kube (leur site ici, si vous ne connaissez pas ; je suis abonnée depuis le mois de novembre et j’adore) en demandant un livre qui parle de femmes dans des horizons géographiques autres que ceux que je connais déjà. Et bien j’ai trèèèèès largement été servie avec Lointaines merveilles. J’ai adoré ce roman qui rentre parfaitement dans mes critères, à tous points de vue.

La révolution cubaine, un pan de l’histoire que je ne connaissais pas
La particularité de ce roman est son sujet : on suit l’histoire de Maria Sirena accompagnée de sa mère Illuminada, dite Lulu, à travers le début des événements qui ont ponctué la révolution cubaine. Lulu est un esprit libre et elle enseignera tout à sa fille. J’ai adoré en découvrir plus sur ce passage de l’histoire que je ne connaissais que de nom, surtout que j’adore les histoires de révolutions. De plus, le roman n’est pas trop technique historiquement et se comprend aisément sans connaissances, bien que j’imagine qu’il se savoure encore plus lorsqu’on sait de quoi il en retourne.

Pourtant, la suite de l’histoire bouillonne en moi et je ne veux pas m’arrêter trop longtemps.

Mieux : une histoire de femmes
J’ai donc apprécié le contenu historique de Lointaines merveilles. Mais si j’ai autant accroché, c’est grâce à la mise en abyme à l’origine de l’histoire : abritée de l’ouragan dans la Casa Velasquez avec d’autres femmes, la protagoniste principale raconte son enfance : c’est une histoire dans une histoire. Le point de vue est donc (dans l’écriture comme dans la narration) purement féminin. La révolution cubaine est vue à travers les yeux de Maria Sirena et de Lulu, que l’on empêche d’aller se battre aux côtés des hommes. Le machisme des révolutionnaires est légèrement souligné, peut-être trop légèrement à mon goût. A la place, on a un aperçu de leur vie dans un taller, un atelier d’armes clandestin dans lequel ne vivent que femmes et enfants. Le roman donne donc toute la visibilité nécessaire à ces femmes qui n’ont certes pas fait la guerre à proprement parler, mais qui ont participé à l’effort et qui sont si souvent invisibilisées. Merci à Chantel Acevedo pour cela.

Beaucoup de rebondissements mais peu de détails
Un autre point fort de Lointaines merveilles est qu’on ne s’y ennuie absolument jamais. Les événements s’enchaînent vraiment très rapidement et on est ainsi facilement plongés au sein de l’histoire. Je regrette cependant de ne pas avoir eu plus de détails historiques. On survole les événements sans avoir le fond des choses, ce qui est dommage. Mais les néophytes dans le sujet comme moi pourront avoir une vision d’ensemble de ces temps sombre – par exemple, saviez-vous qu’il y a eu des camps de reconcentración à Cuba pour les opposants aux Espagnols ? Autre petit regret de ma part : il n’y a aucune date. Si bien que je ne sais pas précisément quand se déroulent les événements.

Je ferme les yeux, et imagine la mer calme comme un lac. Je m’imagine en train de flotter. Aucun souffle ne vient agiter l’eau. Il n’y a plus que la lumière du soleil. Il n’y a plus que cette histoire que j’essaye de me raconter pour passer le temps, celle d’une sirène, d’une jeune fille et de l’amour qui se construit, amour après amour, le temps d’une vie.

Une histoire à deux vitesses
Le roman comporte deux histoires emboîtées : celle de Maria Sirena jeune aux côtés de Lulu, et celle de Maria Sirena vieille qui conte son histoire aux femmes de la Casa Velasquez. La première l’emporte évidemment sur la deuxième, mais elle est largement éclairée par les commentaires faits par la conteuse. J’ai aimé ce procédé qui permet de se « reposer » entre deux terribles événements vécus par la jeune protagoniste. J’aurais cependant apprécié que les autres personnages soient approfondis comme Lulu par exemple.

Des histoires d’amour
Le fil rouge de l’oeuvre est l’amour : celui qui lie les parents de Maria Sirena, l’amour entre Lulu et sa fille, celui entre Maria Sirena et Mario, un jeune homme noir qui travaille au taller. Ces histoires multiples sont très intéressantes et surtout très bien écrites. Elles donnent du relief à l’aspect historique du roman. Cependant, parfois, l’autrice axait trop le récit dessus, ce qui m’a un peu dérangée car ce n’est pas ce que je cherchais en lisant. J’ai largement préféré Lulu à Maria Sirena. Dans les romans, je préfère les esprits libres aux filles transies d’amour en un clin d’oeil.

Je conseille Lointaines merveilles à toustes celleux qui veulent découvrir un pan des guerres opposant les espagnols aux indépendantistes cubains et qui ressentent le besoin de lire sur les femmes. Le roman est bien écrit et agréablement structuré. Vous passerez un bon moment, assurément !


Chantel Acevedo est professeur d’anglais à l’université de Miami, et éditrice de la Southern Humanities Review. Lointaines Merveilles est son premier roman traduit en français. (source : Points)
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